Travailleur autonome au Québec : impôts, taxes et dépenses

Travailleur autonome au Québec : TPS et TVQ, impôt, RRQ, acomptes provisionnels, dépenses déductibles et combien mettre de côté, avec des exemples pour 2026.

10 min de lecture · Mis à jour le 2026-11-05

En bref

  • Un travailleur autonome est payé sans retenue d'impôt. C'est à lui de mettre de côté l'impôt, les cotisations au RRQ (les deux parts, la sienne et celle de l'employeur) et au RQAP.
  • L'inscription à la TPS et à la TVQ devient obligatoire au-delà de 30 000 $ de ventes taxables sur quatre trimestres.
  • L'impôt est calculé sur le revenu net : vos revenus moins vos dépenses d'entreprise raisonnables.
  • La déclaration peut être produite jusqu'au 15 juin, mais le solde doit être payé au plus tard le 30 avril.
  • Règle prudente : mettez de côté 25 % à 35 % de chaque paiement reçu, dans un compte séparé.

Salarié ou travailleur autonome ?

Ce qui détermine votre statut

Le statut ne dépend pas de ce qui est écrit au contrat, mais de la réalité de la relation de travail. Les autorités fiscales regardent notamment :

  • qui contrôle le travail (horaire, façon de faire, lieu) ;
  • qui fournit les outils et l'équipement ;
  • qui assume le risque de perte et peut faire un profit ;
  • si vous avez plusieurs clients et pouvez refuser des mandats.

Si un « contrat de travailleur autonome » ressemble en tout point à un emploi, Revenu Québec et l'Agence du revenu du Canada peuvent le considérer comme un emploi. En cas de doute, l'un ou l'autre peut rendre une décision sur votre statut.

Ce qui change concrètement

SalariéTravailleur autonome
ImpôtRetenu sur chaque paiePayé par vous, souvent par acomptes
RRQVous payez la moitié, l'employeur l'autreVous payez les deux parts
Assurance-emploiCotisations et prestationsPas de prestations régulières
Vacances, congés, assurancesSelon les normes et l'employeurÀ prévoir vous-même
DépensesTrès peu déductiblesDépenses raisonnables déductibles

Le revenu d'appoint d'un salarié (contrats le soir, plateforme de livraison, vente de services) est un revenu d'entreprise : les mêmes règles s'appliquent à cette partie de ses revenus.

Démarrer du bon pied

Les inscriptions à faire

  • Registraire des entreprises du Québec : obligatoire si vous faites affaire sous un autre nom que votre nom complet (par exemple « Studio Lumière »). Vous recevrez un numéro d'entreprise du Québec (NEQ).
  • TPS et TVQ : obligatoire au-delà du seuil de 30 000 $ (voir plus bas), facultative avant.
  • Permis, licences ou ordre professionnel, selon le métier (par exemple une licence de la RBQ en construction).

Même pour un petit revenu, ouvrez un compte bancaire séparé pour votre activité. Tout ce qui entre et sort pour l'entreprise y passe : la comptabilité devient beaucoup plus simple, et vos preuves sont déjà classées.

Un système simple pour la comptabilité

Vous n'avez pas besoin d'un logiciel coûteux pour commencer. Il faut seulement, pour chaque transaction :

  • la date, le montant, la TPS et la TVQ s'il y a lieu ;
  • le client ou le fournisseur ;
  • la pièce justificative (facture, reçu), en papier ou en photo bien classée.

Conservez ces documents au moins six ans après l'année qu'ils concernent. Un tableur mis à jour chaque mois suffit souvent la première année.

La TPS et la TVQ

Le seuil de 30 000 $

Vous êtes un petit fournisseur tant que vos ventes taxables ne dépassent pas 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs. Au-delà, l'inscription devient obligatoire. Si vous dépassez 30 000 $ dans un seul trimestre, vous devez vous inscrire tout de suite et percevoir les taxes dès la vente qui fait dépasser le seuil.

Une fois inscrit, vous ajoutez la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %) à vos factures, vous produisez des déclarations de taxes, et vous remettez la différence entre les taxes perçues et celles que vous avez payées sur vos dépenses.

Exemple : une facture de 1 000 $ devient 1 000 $ + 50 $ de TPS + 99,75 $ de TVQ = 1 149,75 $. Les 149,75 $ ne vous appartiennent pas : gardez-les de côté pour la remise.

S'inscrire avant le seuil ?

L'inscription volontaire a des avantages :

  • vous récupérez les taxes payées sur vos dépenses (les crédits et remboursements de taxe sur les intrants, CTI et RTI) ;
  • vous paraissez plus établi auprès des entreprises clientes, qui récupèrent elles-mêmes ces taxes.

Elle a aussi des inconvénients : plus de paperasse, et vos clients particuliers paient 14,975 % de plus. Pour une clientèle surtout composée de particuliers, rester petit fournisseur est souvent plus simple.

L'impôt et les cotisations

Ce que vous paierez sur votre revenu net

Votre revenu net d'entreprise (revenus moins dépenses) s'ajoute à vos autres revenus. Vous le déclarez avec le formulaire TP-80 au Québec et le formulaire T2125 au fédéral. Sur ce revenu, vous paierez :

  • l'impôt fédéral et du Québec, aux taux progressifs habituels ;
  • le RRQ : en 2026, 12,6 % des revenus nets entre 3 500 $ et le maximum des gains admissibles (les deux parts), plus une deuxième cotisation supplémentaire sur une tranche au-dessus de ce maximum ;
  • le RQAP : 0,764 % du revenu net en 2026 ;
  • dans certains cas, une cotisation au Fonds des services de santé.

La moitié de la cotisation au RRQ (la « part de l'employeur ») et une partie de la cotisation au RQAP sont déductibles de votre revenu.

Les travailleurs autonomes n'ont pas droit aux prestations régulières de l'assurance-emploi. Ils peuvent toutefois s'inscrire volontairement aux prestations spéciales du fédéral (maladie, proche aidant, compassion). Les prestations de maternité et parentales, elles, passent par le RQAP, auquel vous cotisez déjà.

Un exemple pour 2026

Maya, graphiste, a facturé 62 000 $ en 2026 et a eu 12 000 $ de dépenses d'entreprise. Son revenu net est donc de 50 000 $.

  • RRQ : (50 000 $ − 3 500 $) × 12,6 % = environ 5 860 $.
  • RQAP : 50 000 $ × 0,764 % = environ 380 $.
  • Impôt fédéral et du Québec : plusieurs milliers de dollars de plus, selon ses crédits et ses autres revenus.

Au total, Maya doit prévoir environ le quart de son revenu net, et davantage si ses revenus augmentent. C'est pour ça que la règle de 25 % à 35 % de chaque paiement mis de côté est prudente.

Le piège classique de la première année : aucun acompte n'est exigé, alors tout l'impôt et les cotisations arrivent d'un coup au printemps. Un virement automatique vers un compte « impôts » à chaque paiement reçu évite cette mauvaise surprise.

Les dates et les acomptes provisionnels

Les dates à retenir

DateQuoi
15 mars, 15 juin, 15 septembre, 15 décembreAcomptes provisionnels, s'ils sont exigés
30 avrilPaiement du solde d'impôt de l'année précédente
15 juinDate limite pour produire la déclaration d'un travailleur autonome

Le délai de production est prolongé jusqu'au 15 juin, pas celui du paiement : un solde payé après le 30 avril porte intérêt.

Qui doit payer des acomptes

Au Québec, vous devez généralement verser des acomptes provisionnels à Revenu Québec si votre impôt à payer dépasse 1 800 $ pour l'année et pour l'une des deux années précédentes. Au fédéral, le seuil est aussi de 1 800 $ d'impôt net à payer pour les résidents du Québec.

Les deux gouvernements vous envoient des rappels avec les montants suggérés. Si vous les payez à temps, vous n'aurez pas d'intérêts sur les acomptes, même si votre impôt final est plus élevé.

Les dépenses déductibles

Ce qu'on peut déduire

Vous pouvez déduire les dépenses raisonnables engagées pour gagner votre revenu d'entreprise :

  • fournitures, logiciels, abonnements professionnels ;
  • téléphone et Internet, pour la part utilisée pour l'entreprise ;
  • publicité, site Web, frais de plateforme et de paiement ;
  • formation liée à votre activité ;
  • honoraires de comptable ou d'avocat pour l'entreprise ;
  • assurance responsabilité professionnelle ;
  • repas d'affaires, en général à 50 % ;
  • frais de bureau à domicile et d'auto, selon des règles précises (ci-dessous).

L'équipement durable (ordinateur, appareil photo, outils, meubles) ne se déduit pas en entier l'année de l'achat : il se déduit sur plusieurs années, par la déduction pour amortissement.

Le bureau à domicile

Vous pouvez déduire une partie des frais de votre logement si l'espace est :

  • votre principal lieu d'affaires ; ou
  • utilisé uniquement pour gagner votre revenu d'entreprise et de façon régulière pour rencontrer des clients.

La partie déductible se calcule selon la superficie : si votre bureau occupe 10 % de votre logement, vous pouvez déduire 10 % du loyer (ou des intérêts hypothécaires, des taxes et de l'assurance si vous êtes propriétaire), de l'électricité, du chauffage et de l'entretien.

Exemple : loyer de 1 400 $ par mois et électricité de 80 $ par mois, bureau de 10 % : (1 400 $ + 80 $) × 12 × 10 % = 1 776 $ déductibles pour l'année.

Ces frais ne peuvent pas créer ni augmenter une perte : l'excédent se reporte à l'année suivante.

L'auto

Seule la partie utilisée pour l'entreprise est déductible, selon les kilomètres. Tenez un registre : date, destination, but du déplacement et kilomètres parcourus. Les trajets entre la maison et un lieu de travail habituel sont généralement personnels.

Exemple : 20 000 km dans l'année, dont 6 000 km pour l'entreprise : 30 % des frais d'auto (essence, assurance, entretien, immatriculation, intérêts du prêt et amortissement) sont déductibles.

Ce qu'on ne peut pas déduire

  • les dépenses personnelles (épicerie, vêtements de tous les jours, sorties entre amis) ;
  • les amendes et pénalités ;
  • la partie personnelle d'une dépense mixte ;
  • votre propre « salaire » : ce que vous retirez du compte de l'entreprise pour vivre n'est pas une dépense.

Facturer, se faire payer et se protéger

Une facture complète

Une bonne facture indique votre nom (ou celui de l'entreprise), la date, un numéro de facture, le client, le détail du travail, le montant, la TPS et la TVQ avec vos numéros d'inscription si vous êtes inscrit, et le délai de paiement.

Pour réduire les retards :

  • demandez un acompte au début d'un gros mandat ;
  • écrivez les conditions (prix, délais, nombre de révisions) dans une entente avant de commencer ;
  • relancez poliment dès la date d'échéance passée.

Vos filets de sécurité

Sans employeur, vous devez créer vos propres protections :

  • un fonds d'urgence plus gros qu'un salarié, souvent 6 mois de dépenses ou plus ;
  • une assurance invalidité individuelle : votre revenu, c'est vous ;
  • une assurance responsabilité professionnelle, selon le métier ;
  • une protection facultative de la CNESST pour les accidents du travail, si votre métier comporte des risques ;
  • votre retraite : sans régime d'employeur, le REER et le CELI deviennent essentiels. Le REER est particulièrement utile, puisqu'il réduit un revenu souvent imposé à un taux élevé.

Le guide Invalidité et maladies graves : protéger son revenu explique comment choisir une assurance invalidité, et le calculateur Fonds d'urgence vous aide à fixer votre objectif.

Questions fréquentes

À partir de quel montant un travailleur autonome doit-il s'inscrire à la TPS et à la TVQ ?

Quand ses ventes taxables dépassent 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs, ou dans un seul trimestre. Avant ce seuil, l'inscription est facultative.

Quand un travailleur autonome doit-il payer son impôt ?

Le solde de l'année doit être payé au plus tard le 30 avril, même si la déclaration peut être produite jusqu'au 15 juin. Si l'impôt à payer dépasse 1 800 $, des acomptes provisionnels sont généralement exigés les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.

Combien mettre de côté pour l'impôt quand on est travailleur autonome ?

Une règle prudente est de mettre de côté 25 % à 35 % de chaque paiement reçu, selon votre revenu, en plus des taxes perçues si vous êtes inscrit. Ce montant couvre l'impôt, le RRQ et le RQAP.

Peut-on déduire une partie de son loyer quand on travaille de la maison ?

Oui, si le bureau est votre principal lieu d'affaires, ou s'il sert uniquement à l'entreprise et régulièrement à rencontrer des clients. La part déductible se calcule selon la superficie du bureau par rapport au logement.

Faut-il s'incorporer ?

Pas au début, en général. L'incorporation coûte plus cher en frais comptables et devient surtout intéressante quand les revenus sont élevés et qu'on peut laisser une partie des profits dans la société. Parlez-en à un comptable quand votre revenu net dépasse vos besoins de façon durable.

Un revenu d'appoint doit-il être déclaré ?

Oui. Tout revenu doit être déclaré, même petit et même payé comptant. Personne ne retient d'impôt sur ce revenu : mettez-en une partie de côté dès que vous le recevez.

Sources

Mettre en pratique

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